En 1803, le traité de la paix d’Amiens conclu entre la France et l’Angleterre est rompu. Napoléon Bonaparte, alors Premier Consul, décide d’emprisonner les ressortissants anglais, civils ou militaires, présents sur le sol français et les regroupe dans quatre villes dont Verdun. De 1803 à 1814, 800 à 1200 anglais séjournent dans la cité. Prisonniers sur parole, ils peuvent circuler librement et pour la plupart mènent grande vie. La consigne est de les traiter avec égards. Le gouverneur de la place alloue une solde aux militaires, des quêtes organisées en Grande Bretagne permettent de secourir les plus démunis. Certains sujets du Royaume Uni sont accompagnés de leurs familles et même de leurs domestiques. D’autres se marient avec des verdunoises. De 1803 à 1814, le tiers des naissances à Verdun serait d’origine britannique.
Verdun vit donc à l’heure anglaise. Le culte anglican est pratiqué à la chapelle Buvignier. Plusieurs clubs avec bibliothèque voient le jour. On édite des livres dans la langue de Shakespeare. Une école est créée pour les aspirants de marine. Courses de chevaux, jumping, compétitions sportives rythment la vie locale. On fait des paris, y compris sur l’issue du conflit. On organise des bals et des réceptions. On se bat même en duel.
Le commerce local, les propriétaires ont tout de suite compris le parti à tirer de cette présence étrangère et abusent de la situation au point d’irriter Napoléon Bonaparte lui-même, qui menace de placer les prisonniers dans une autre ville si les logements sont taxés "à un trop haut prix" *. Les loyers ont en effet été multipliés par 10. De nombreux commerces pratiquent l’usure. D’autres verdunois profitent de la situation mais clandestinement en organisant les évasions contre espèces sonnantes et trébuchantes. Car, pour dorée qu’elle soit, une prison reste une prison, et de nombreux patriotes anglais souhaitent retrouver leur liberté. Les évasions vers la Hollande ou la côte bretonne sont monnaie courante.
En 1814, quand les anglais quittent la place dans une certaine confusion, ils laissent près de 3 millions de francs de dettes que la France essaiera de récupérer jusqu’au lendemain de la Première Guerre Mondiale. Sans succès !
A noter qu’au mois de juin 2003, une trentaine de réssortissants britanniques, descendants des prisonniers anglais à verdun, ont rendu visite au maire de la cité afin de lui rembourser, avec l’humour dont ils savent faire preuve, une dette de 21 francs, contractée auprès d’un menuisier français pour l’encadrement d’un tableau intitulé "the hope". Le capitaine de la Marine Marchande anglaise, Georges Read, avait été arraisonné par un corsaire français au large de Dunkerque et emprisonné avec son épouse à Verdun, de 1803 à 1814. Une de leur fille est née dans la cité en 1805. Michaël Read , le descendant du Capitaine a offert à la Ville de Verdun une aquarelle représentant une vue de Verdun conservée dans le livre de bord du capitaine au long cours.