Le Musée en chantier
Le Musée en chantier
Un drôle de chantier a commencé au Musée de la Princerie depuis le mois de juin 2009. De nombreuses mains s’affairent autour des objets, un immense travail de fourmis s’est engagé dans les réserves pour 2 ans... C’est le chantier des collections.
Un chantier des collections ?
Un drôle de chantier a commencé au Musée de la Princerie : depuis le mois de juin 2009, de nombreuses mains s’affairent autour des objets, un immense travail de fourmis s’est engagé dans les réserves pour 2 ans… C’est le chantier des collections.
Un chantier des collections, c’est qui ?
Tous les intervenants sont des restaurateurs habilités, spécialisés en peinture, sculpture, céramique et archéologie. Chacun connaît parfaitement les fragilités, le vieillissement et les réactions de ses matériaux : bois, pierre, plâtre, métal …
Un chantier des collections, avec quoi ?
Tous les outils et matériels utilisés sont non-nocifs pour les œuvres et ne se dégradent pas dans le temps : brosses à poils souples, aspirateurs doux et emprisonnant les moisissures, papiers et cartons non acides, mousses non abrasives…
Un chantier des collections, ça sert à quoi ?
Le but du chantier est de stopper les dégradations en cours, afin de pérenniser l’existence des objets. Les causes des dégradations les plus fréquentes sont :
- la poussière : elle est abrasive et attire les insectes, qui se nourrissent des matériaux constitutifs des objets
- les mauvais conditionnements : ils détruisent les surfaces
- l’entassement sans rangement : il provoque frottements, griffures, coups, casse…
- l’humidité : elle favorise les moisissures et la perte de matière
Il faut donc agir sur ces facteurs et stopper leur action.
A l’avenir, toutes les collections en réserve (près de 90% des collections du musée) seront ainsi bien conservées. L’enjeu est de taille, il s’agit de la sauvegarde durable du patrimoine de Verdun.
Cette opération est subventionnée par la Direction Régionale des Affaires Culturelles de Lorraine.
Les peintures
La collection des peintures étant une des plus fragilisées, il était urgent d’intervenir en premier lieu sur les tableaux. L’ensemble a été trié afin d’isoler les œuvres attaquées par les insectes xylophages, plus communément appelés « les vers ». Puis, les restaurateurs réalisent des interventions préventives ayant pour but de stabiliser l’état des œuvres et de les protéger pendant les manipulations et le transport vers les nouvelles réserves.
Tous les tableaux sont nettoyés à l’aide de pinceaux et de brosses, sur la face, sur le revers et surtout dans les creux entre la toile et le cadre, là où s’accumule la poussière. Cette intervention a un rôle préventif car la poussière attire les insectes, concentre l’humidité et provoque des déformations de la toile en partie inférieure.
Ensuite, la deuxième étape consiste à protéger les écailles de peinture qui se soulèvent et risquent de tomber à tout moment, ce qui provoquerait des lacunes et gênerait la vision de l’image. Pour cela, des fragments de papier de chanvre sont étalés à l’aide d’un adhésif cellulosique. L’intervention n’est que provisoire et permet de stopper ou au moins ralentir la dégradation de la peinture.
Enfin, il faut intervenir sur les déchirures. A l’aide d’un ruban adhésif non acide, les bords de la déchirure sont rapprochés et maintenus sur le revers de la toile. Cette mesure permet d’éviter que la déchirure ne s’agrandisse en attendant une restauration plus approfondie.
La solidité de tous les cadres est vérifiée. Si un jeu trop important se présente, des petites pattes métalliques sont fixées, de façon à maintenir ensemble le cadre et le châssis de la toile.
Les sculptures
La collection des sculptures est une des plus importantes du musée. Elle comporte notamment plusieurs pièces de l’époque médiévale, en bois et en pierre peints. Une quinzaine de ces sculptures présentaient une grande fragilité et d’importantes dégradations :
- La structure générale et les parties saillantes étaient menacées. Par exemple, les mains des personnages risquaient de tomber, les têtes devenaient mobiles. De grandes fissures parcouraient le bois.
- Un soulèvement des couches picturales risquait de faire perdre complètement les couleurs du décor peint.
- Certaines présentaient des signes d’attaque d’insectes xylophages.
Dans le cadre du chantier des collections engagé par le musée, ces pièces ont été restaurées. Elles ont d’abord été protégées par du film alimentaire pour leur transport jusqu’à l’atelier de restauration. Là, elles ont été consolidées et leur couche picturale a été refixée. Puis elles ont subi un traitement adapté contre les insectes et ont été nettoyées. Des retouches d’aquarelle ont été appliquées afin d’atténuer les lacunes du décor. Ces interventions ont permis de stopper les dégradations et de rendre à ces sculptures un aspect plus proche de leur état d’origine.
Le traitement par anoxie
Pendant l’été 2010, une curieuse bulle gonflée d’azote s’est installée dans une des salles du musée… De quoi s’agit-il ?
Le traitement par anoxie dynamique
Après avoir ausculté l’ensemble des œuvres du musée et de la structure du bâtiment, à l’aide de lampes et d’appareils spécialisés, un restaurateur a repéré et isolé un certain nombre d’œuvres attaquées par les insectes. Ces insectes, dits « xylophages » ou « kératophages » se nourrissent du bois ou de la kératine dont sont constitués les objets. Afin de stopper leur action destructrice, un traitement adapté aux œuvres d’art a été mis en œuvre. Il s’agit de l’anoxie dynamique.
Une enceinte étanche a été installée de façon à être visible du public : c’est une poche dont les pans ont été thermo-soudés et dans laquelle ont été déposées les œuvres attaquées par les insectes. Il s’agit principalement de mobilier en bois, de tableaux, de sculptures, de textiles et de petits objets en cuir. Cela représente un volume d’environ 30 mètres cubes. Le principe du traitement consiste à envoyer un flux d’azote gazeux dans la poche de façon à diminuer rapidement le taux d’oxygène (<0,1%). Les taux d'humidité et d'oxygène ainsi que la température (celle-ci doit être supérieure à 22 degrés) sont contrôlés quotidiennement grâce à des sondes. Ce traitement vise à asphyxier les insectes et dure quatre semaines. Il est totalement inoffensif pour les œuvres et est conduit par un restaurateur spécialisé.
Les métaux et les céramiques archéologiques
Des milliers de petits objets métalliques provenant de fouilles archéologiques régionales passent entre les mains des restaurateurs. Ces objets avaient été fixés sur des planches au XIXème siècle, à l’aide de fils métalliques, aujourd’hui en cours d’oxydation. Cette oxydation, ajoutée à l’humidité ambiante, provoque la dégradation irréversible des objets de collection.
Il a donc été prévu de détacher tous les objets des planches, de les dépoussiérer légèrement au pinceau souple et de les ranger au sein de mousses protectrices. Enfin, l’ensemble des boîtes sera ensuite stocké dans une armoire climatisée, dont le taux d’humidité relative sera progressivement baissé autour de 40%. Ce climat permettra de stabiliser l’état des objets et de les conserver de façon pérenne.
Les collections archéologiques du musée conservent également de nombreuses pièces de céramique : gauloises, romaines, mérovingiennes, grecques, étrusques… Ces vases, cruches, bols, amphores et autres oenochoés sont des objets du quotidien ou des pièces funéraires. D’autres sont de petits accessoires liés aux soins du corps (petits contenants pour maquillage ou onguents par exemple). L’ensemble de cette collection a été dépoussiérée au pinceau et conditionnée dans des bacs ou casiers tapissés de mousse.
Les textiles
Le musée conserve quelques textiles intéressants: les costumes officiels de l’Académicien Edouard Branly et quelques pièces de liturgie. La fragilité des fibres et la sensibilité à la lumière nécessitent un conditionnement particulièrement soigneux, après un dépoussiérage méticuleux au pinceau. Un textile ne peut être conservé complètement à plat, cela risquerait de déformer la pièce. Il ne peut pas non plus être plié, sous peine de provoquer des cassures au niveau des fibres. Il faut donc tout d’abord rembourrer l’intérieur en respectant les formes adoptées par le textile au fil du temps. L’ensemble doit ensuite être posé dans un meuble à tiroir suffisamment haut, bien calé afin d’éviter les mouvements intempestifs. Le contrôle de la stabilité du climat est particulièrement important pour ce matériau.
La collection égyptienne
La collection d’archéologie égyptienne a demandé un soin tout particulier aux restaurateurs du musée. Très diversifiée, la collection comporte des petites représentations divines en bronze, des fragments de momies et de linceuls, des petites amulettes en fritte égyptienne, des petits animaux sacrés en bois, de petits vases en verre…Très fragiles, toutes ces pièces ont du être consolidées et protégées. Puis un conditionnement très attentif a été réalisé, prenant bien soin de protéger cette collection du risque avéré de casse.

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